MATHE Jacques – 10 clés pour réussir dans les circuits courts

Vient de paraître…

JACQUES MATHE economiste agricoleMATHE couv mars 2016Spécialiste de l’agriculture et de l’agroalimentaire, Jacques Mathé sort un nouvel ouvrage, « Dix clés pour réussir dans les circuits courts ».
Un guide pratique qui s’appuie sur les témoignages d’une centaine de producteurs en France et en Amérique du Nord.

Extrait de l’interview de Jacques Mathé parue dans la Nouvelle République édition de la Vienne

Comment est né ce livre ?
« La réussite économique n’est pas toujours au bout, chez les agriculteurs qui se mettent aux circuits courts, alors qu’ils dépensent une énergie folle au travail. Je me suis dit : il faut faire quelque chose de simple, qui répertorie dix clés pour avoir le maximum de chance de bien s’en sortir. Pour ça, je suis allé voir ceux qui ont réussi, j’ai réalisé 400 heures d’enregistrement : l’expert, c’est eux, pas moi. Je ne suis que la courroie de transmission. »
Quelles sont les conditions de la réussite ?
« Il faut que l’agriculteur se dise : je ne vends pas qu’un produit. Le consommateur dans ce type de circuit, n’achète pas qu’un morceau de viande : si l’agriculteur n’a pas le temps de discuter avec lui, il ne fait que la moitié du travail. Il faut aussi énormément travailler sur le montage du projet. Beaucoup de projets sont portés par des militants. C’est très bien, l’idéalisme, il n’y a pas de projet sans ça, mais il faut aussi se connecter à la réalité. On ne peut pas tabler sur le seul militantisme. »
Où en sont les circuits courts aujourd’hui en France ?
« Ils se développent mais il n’y a pas assez de producteurs et ils sont bien plus développés dans d’autres pays, comme en Amérique du Nord, peut-être parce que là-bas, le balancier est allé très loin dans le sens inverse. Aux États-Unis, des producteurs sont carrément les «  sous-traitants  » des consommateurs qui se sont organisés en mouvements citoyens. On y utilise une expression très significative : les gens ont leur «  fermier de famille  » comme on dit un médecin de famille. »
Les circuits courts peuvent-ils remplacer le système classique ?
« Ne nous leurrons pas : on ne nourrira pas la totalité de la population avec les circuits courts. Ils plafonneront à 15-20 % des besoins. De même qu’on ne peut pas imaginer nourrir tout le monde avec le bio. »
Quel regard portez-vous sur la crise agricole actuelle ?
« C’est avant tout une crise de volatilité des prix et c’est pour ça que proposer de réduire les charges n’est pas une réponse de fond. Il y a une responsabilité collective des pays européens dans cette crise : quand on a réformé la politique agricole commune, on a supprimé les outils qui pouvaient réguler le marché. Pendant ce temps, aux États-Unis, avec la loi du Farm Bill de 2014, on n’a jamais consacré autant d’argent public à l’agriculture. Les pouvoirs publics rachètent les surplus et les redistribuent sous forme de bons alimentaires pour les plus pauvres, comme ça, ils aident leurs agriculteurs sans contrevenir aux règles de l’organisation mondiale du commerce. »
Les circuits courts sont pourtant souvent présentés comme une échappatoire à la crise.
« Ils ne sont pas une réponse à la crise du prix. Mais ils apportent une réponse à une des difficultés des agriculteurs en crise : la perte de sens. Avec les circuits courts, l’agriculteur retrouve une vraie reconnaissance. Il nourrit autant l’esprit que l’estomac. La crise actuelle est aussi une crise de mutation : on passe d’un monde à l’autre, les agriculteurs le sentent bien, mais personne ne leur dit dans quel sens on va. Dans les années 60, la loi Pisani était capable de donner une vision à 20 ans. Aujourd’hui, tout le monde est dans le court-termisme. »

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